A Gracia, il y avait ce couple, aussi beau que peuvent l’être deux personnes qui s’aiment. Il y avait moi, niaise à les contempler et eux qui dansaient comme s’il n’existait qu’eux. J’étais captivée, leurs regards, leurs mouvements me touchaient sans me voir. Je les ai ainsi contemplé jusqu’à que mes yeux n’en puissent plus. Tout à leur bonheur, je regrettais le mien, passé et présent dont je ne savais à l’évidence pas profiter. Leur amour, beau à voir, restait pénible : pourquoi eux ?Il était là, lancinant. Il me piquait de mes remords et ne pouvait s’empêcher de m’accuser. Je n’étais pas seule ! Toi aussi, mon bel Endymion, tu pouvais lutter. Nous avons cédé par facilité (nous cédons tous par facilité), nous n’étions pas différents de vous, de lui, d’eux. Nous étions simplement inconscients. Ma montre s’est brisé en même temps que mon cœur. J’ai amené mon bijou chez l’horloger, mais le cardiologue n’a pas voulu me recevoir. « On ne répare pas les cœurs ici Mademoiselle » « Mais alors, vous faites quoi ? » Le proctologue s’est montré plus compréhensif… Au fur et à mesure, l’image disparait. Pour se consoler, mon cerveau a mis en place une cellule de crise. Il me fait même douter de l’existence du passé. Que me reste-t-il ? Parfois, je me sens comme la victime d’un incendie : des images dans les yeux, des pincements au cœur et des films cérébraux. C’est vraiment trop peu. Peut-on s’acheter une vie clef en main sur Internet ?
Je voudrais que tu m’excuses de ne pas m’être assez battue pour toi. Je pourrai te dire que ce n’est pas de ma faute, que ce maudit destrier s’est cassé la patte, que mon chien a mangé mon réveil. Je pourrais te dire que c’était con aussi de ta part d’aller t’enfermer dans un donjon gardé par un dragon. Mais je ne dirai rien, sauf qu’il faudra m’excuser d’être arrivée trop tard, voire de n’être jamais venue. Je ne t’ai pas posé de lapin mais le chasseur m’avait déjà capturé à l’heure du rendez-vous. Mes pieds sont toujours froids : ils m’empêchent de courir après toi. Je voudrais aussi que tu m’excuses de ne pas avoir su t’aimer suffisamment. Je pourrai te dire qu’à ce moment-là, je pensais vraiment que c’était le bon mode d’emploi, je n’ai vu qu’après que c’était celui du four à micro-ondes : vite chauffé, vite refroidi. Tu pourras dire que je suis de la bouffe rapide mais ça ne serait pas gentil.

